23 juin 1916 : l’Alpenkorps attaque Fleury

Alors que l’offensive sur la Somme est sur le point de commencer, Falkenhayn jette ses dernières forces dans une ultime offensive pour s’emparer de la crête de Froideterre, du village de Fleury et du fort de Souville. A partir du 17 juin, un nouveau bombardement d’envergure s’abat sur les positions françaises, aux obus explosifs s’ajoutent plus de 100 000 obus asphyxiants au cyanogène.

Le 23 juin au matin, la ligne de front de 6 kilomètres se situe entre le bois Nawé, l’abri 320, les bois de Vaux-le-Chapitre et de Fumin, la carrière du Chênois, la lisière ouest du bois de la Montagne, la batterie de Damloup et la ferme Dicourt. Pour mener à bien leur offensive, les Allemands ont rassemblé 19 régiments d’infanterie dont l’ensemble de l’Alpenkorps qui doit enlever la côte de Froideterre, Thiaumont et le village de Fleury. En face, les Français ne disposent que trois divisions d’infanterie pour tenir le secteur : les 129e, 130e et 12e DI.

Après le terrible bombardement d’artillerie qui s’abat sur toute la ligne d’attaque, vers 7h30, les Alpenjägers (chasseurs alpins) du 2.b.Jg.Btl (2e bataillon bavarois de chasseurs), soutenus par le régiment d’infanterie bavarois de la Garde (b.I.L.R.) sont signalés aux abords du village de Fleury défendu par les hommes du 239e RI. La première vague d’assaut descend du bois de la Caillette et, malgré la résistance héroïque des mitrailleurs français et des survivants des 17e, 18e et 20e compagnies, parvient à atteindre les positions du 39e RI qui assure la liaison entre le village et l’abri 320. Là encore, les rares survivants du bombardement sont rapidement anéantis sous le poids du nombre. Les 1er et 2e bataillons du 39e RI disparaissent.

Profitant des nappes de gaz qui enveloppent le village, les Bavarois s’infiltrent rapidement dans les maisons en ruines et cherchent à déborder les positions françaises par l’ouest. Certains éléments franchissent même la voie ferrée. En quelques minutes, les Bavarois sont maîtres de Fleury. Seule la compagnie du capitaine Hans tient deux maisons à la lisière sud du village. Hans installe ses hommes en arc de cercle pour prévenir tout débordement sur ses flancs. Avec une seule mitrailleuse, les Français réussissent à stopper les Bavarois, mais leur situation demeure précaire et le capitaine Hans tente, par coureurs, de rendre compte et demande du renfort. Le capitaine Thomas tente alors de faire progresser sa compagnie sur la piste qui relie la Poudrière à Fleury. Mais l’artillerie allemande interdit tout mouvement.

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Vers 10h, les hommes du capitaine Breton et du lieutenant Brière, soutenus par un peloton de mitrailleuses, se déploient à l’ouest sur la crête. Ils se heurtent violemment aux Bavarois qui sont néanmoins repoussés. Peu après, deux compagnies du 3e bataillon du 39e RI gravissent à leur tour la crête et se positionnent à la gauche du groupement Brière. L’ennemi s’est replié et la crête demeure aux mains des Français. Dans l’après-midi, les 21e et 24 compagnies qui se trouvaient le matin à Verdun sont engagées en renfort. A 15h, elles reçoivent l’ordre de se déployer sur la crête à l’est de Fleury et de se lier avec la 307e brigade dans le secteur du bois de Vaux-Chapitre. Les Bavarois sont là encore repoussés. A 16h, les Français sont parvenus au prix d’un effort surhumain à rétablir une ligne de défense cohérente de chaque côté des ruines de Fleury. Le sacrifice des hommes du capitaine Hans, tué vers 9h du matin, n’a pas été vain.

SYLVAIN FERREIRA

Sources :

JMO du 239e RI, cote 26 N 725/5

Mourir à Verdun, Pierre Miquel

14-18 Magazine n°57

Tranchées, Hors-série n°3